Merci mais non merci : j’ai choisi une carrière d’un autre genre

  
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Chaque lundi nous vous envoyons à la fois un “Édito”, une interview avec un·e invité·e passionnant·e (francophone ou non) et quelques informations pour mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente. Cette semaine, l’Édito et l’interview (avec Céline Alix) se suivent dans la version audio 🎧

À l’agenda aujourd’hui 👇

  • Mon “Édito” sur mon choix de fuir les “belles carrières” en entreprise 👆

  • Céline Alix sur les femmes qui redessinent la réussite sociale

  • Nos conversations à venir cette semaine

  • Ce que vous avez peut-être manqué la semaine dernière

C’est peu dire que la lecture du livre de Céline Alix, Merci mais non merci, sorti chez Payot il y a quelques jours, m’a interpellée. La quatrième de couverture commence ainsi : “Aux pratiques d’un autre temps en entreprise, les femmes répondent : merci mais non merci ! Et construisent d’autres horizons pour un monde du travail en quête de sens.” J’aurais pu faire partie des femmes interviewées par Céline pour son livre. Au lieu de cela, c’est finalement moi qui l’ai interviewée ! Il n’y a pas de hasard ici.

Sortie d’HEC et promise à une “carrière classique” en entreprise, je me suis très vite heurtée à un malaise si profond au travail que j’ai plutôt choisi de devenir enseignante. J’ai alors passé les concours de la fonction publique et suis devenue professeure à l’Éducation nationale. Je sentais bien qu’aux yeux de mes amis et même de ma famille, cela constituait un échec, l’abandon même de l’idée de la “réussite” professionnelle : “tu as fait HEC pour être prof ?” me demandait-on parfois, non sans mépris. Cet “abandon”, on faisait mine de le trouver “admirable” mais on le mettait sur le compte d’un “manque d’ambition” supposément si féminin.

Ce choix n’était en rien un renoncement ni un manque d’ambition. D’ailleurs, passer le concours de l’agrégation demande beaucoup de discipline et un certain dépassement de soi. Enseignante, j’avais l’ambition de faire progresser mes étudiants, de leur insuffler de l’esprit critique, de les faire gagner en confiance en eux. Pour moi-même, j’avais l’ambition de continuer à apprendre, notamment en enseignant des nouveaux sujets (comme la politique américaine à Sciences Po). 

Avant de créer mon entreprise autour du futur du travail, il y a maintenant six ans, je me suis d’abord sentie en situation d’échec. Je n’ai jamais été fichue de “tenir” dans le monde de l’entreprise. Ma courte carrière m’a fait “rater” en tant que commerciale en SSII puis, 15 ans plus tard, en tant que recruteuse dans une entreprise tech américaine. Ces deux entreprises étaient certes très différentes, mais dans les deux, je n’ai pas supporté d’être subordonnée, d’avoir à rendre des comptes tout le temps, de devoir faire des choses que je pensais absurdes.

Aujourd’hui, je gagne finalement mieux ma vie que lorsque j’étais salariée. J’y trouve des formes de reconnaissance plus grandes. Je me sens maîtresse de mes choix professionnels. Le travail indépendant n’est peut-être pas une solution magique car cela peut être long et difficile de créer une activité viable, mais c’est en tout cas pour moi un bonheur quotidien de ne pas devoir rendre des comptes sur la manière dont j’utilise mon temps. Je me sens libre aussi de développer des liens avec des femmes comme Céline, et d’autres qui accomplissent tant de belles choses en dehors des clous.

Dans son livre, Céline fait l’éloge du livre Femmes qui courent avec les loups : Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Estés où il est question des “femmes sauvages” trop souvent muselées par la société et la culture pour les faire entrer dans le moule réducteur des rôles assignés. Psychanalyste et conteuse passionnée par les mythes et légendes, Pinkola Estés propose dans son livre de “retrouver cette part enfouie, pleine de vitalité et de générosité, vibrante…”

Quant à moi, j’ai toujours été hésitante à assumer un féminisme que j’assimile à une forme d’essentialisme. Je ne pense pas que les femmes soient plus “sauvages” que les hommes, ni qu’elles soient naturellement plus prédisposées à préférer le sens du collectif. En revanche, nous autres femmes avons pris tellement cher dans un monde où nous sommes encore dominées économiquement, où nous sommes souvent harcelées et malmenées, que nous sommes nombreuses à avoir fait des expériences similaires. 

Le monde de l’entreprise, comme celui de la politique, s’imposent à nous sans que nous ayons pu le façonner : il a été fait par des hommes avant l’arrivée de femmes sur le marché du travail. Les jeux de pouvoir, les codes de la réussite et le rapport au temps et à l’espace qui caractérisent aujourd’hui le monde du travail salarié traditionnel n’ont pas été inventés pour un monde mixte et inclusif. Alors oui, nous sommes nombreuses (et nombreux) à vouloir nous libérer de ces violences-là. 

Si autrefois je n’assumais pas ma “préférence” pour les univers plus féminins pour des raisons philosophiques, aujourd’hui, je l’assume forte de deux décennies de “ressenti”. Nul besoin de théoriser cette préférence, il suffit de la vivre.

Merci, Céline, d’avoir si bien décrit ce que nous sommes nombreuses à avoir vécu ! Allez-tous écouter notre conversation sur ce phénomène que l’on pourrait qualifier de “quatrième vague féministe”.

À la culture du présentéisme et au management toxique encore omniprésents dans les organisations traditionnelles, de plus en plus de femmes disent “Merci mais non merci”. C’est le titre choisi par Céline Alix pour son livre consacré à ce phénomène de société que représente l”opting out” de nombreuses femmes par rapport à la définition traditionnelle de la réussite professionnelle. 

Chez les Américaines, l’opting outce sont des femmes qui abandonnent de belles carrières pour revenir à la maison et s’occuper de leurs enfants. Les Françaises, elles, ne s’arrêtent pas de travailler (ou rarement). En revanche, lorsqu’elles refusent de “rentrer dans le moule”, c’est pour être libres au travail, créer leur propre entreprise, devenir freelances, travailler avec d’autres femmes selon des termes qui leur conviennent et avec des valeurs auxquelles elles peuvent s’identifier. 

Dans leur ancienne vie professionnelle, les femmes que j’ai interrogées occupaient des postes de direction en entreprise (DRH, directrice juridique, artistique ou éditoriale, directrice du marketing, de la communication, du développement, de la stratégie, avec, pour certaines, un siège au conseil d’administration et/ou au comité exécutif), exerçaient des fonctions de managers dans des cabinets de conseil ou d’audit ou pratiquaient en tant qu’avocates d’affaire ou traders. Elles ont, en moyenne, passé douze ans dans leur première carrière avant d’en sortir.

(...) toutes ont poursuivi des études supérieures, intégré des professions prestigieuses et traditionnellement masculines, excellé dans leurs métiers et gravi les échelons, pour ensuite décider de s’arrêter là et de partir travailler autrement. Toutes sont sorties du moule. 

(...) J’ai été surprise par la force avec laquelle les interviewées ont unanimement dénoncé ce qu’elles appelles “la politique” — ce que l’on se propose de définir comme le fait ou la volonté d’évoluer, de réussir et d’être performant dans son travail non sur la base de son seul mérite, mais au moyen de manoeuvres et stratagèmes d’influence (de la cooptation à l’intimidation en passant par le renvoi d’ascenseur) destinés à s’obtenir les faveurs de la hiérarchie…

Depuis 30 ans, la création d’entreprises par des femmes  (qu’il s’agisse de sociétés ou d’entreprises unipersonnelles) est en forte croissance. Elles n’étaient autrefois qu’une petite minorité des entrepreneurs mais aujourd’hui elles créent environ 40% des nouvelles entreprises en France. Elles sont également nombreuses à choisir le travail indépendant pour pouvoir travailler dans des conditions de liberté plus grandes. Quand elles restent salariées, elles choisissent des structures dont elles partagent les valeurs.

Loin de constituer un échec ou un abandon, le phénomène “merci mais non merci”, c’est celui de femmes pionnières qui inventent un monde du travail meilleur, de plus en plus désirable pour les femmes et les hommes. Ce “nouvel écosystème” décrit par Céline repose sur trois piliers : une approche sororale de la relation professionnelle où l’on n’a plus aucun complexe à soutenir et promouvoir d’autres femmes ; la redéfinition de l’espace et du temps de travail pour plus de liberté au quotidien ; et le choix du collectif dans l’exercice du pouvoir et l’expression de l’ambition.

En s’affranchissant d’un “monde du travail périmé” pour inventer le leur, ces femmes vont finalement plus loin que leurs aînées féministes. Nous en discutons avec Céline dans ce podcast.

L’ambition : un concept dépassé ? (conversation “À deux voix”)

Elle a quitté son Comex pour une startup (conversation avec Bénédicte Tilloy)

Sept tendances qui révèlent le futur du travail (conversation “À deux voix”)

Pourquoi la France résiste tant au télétravail (conversation “À deux voix”)

Une école de code féministe (conversation avec Chloé Hermary)

⚡️ Tout comprendre sur la crise au Texas

Mardi 2 mars | Podcast “À deux voix” 🎧 consacré au Texas et aux coupures d’électricité auquel cet État américain a été confronté ces dernières semaines. Après des chutes de neige et une vague de froid sans précédent, une grande partie des Texans restent privés d’électricité et d’eau potable. Avec Nicolas, nous revenons sur l’histoire du Texas et toutes les manières dont cette histoire peut éclairer la situation de l'État aujourd'hui.

🕹 Laissez-nous jouer aux jeux vidéo !

Mercredi 3 mars | Ma conversation avec psychologue Rachel Kowert, dans le cadre du podcast Building Bridges. Cela fait des années qu’on accuse les jeux vidéo de tous les maux : selon les médias, ils nous rendraient stupides, violents, dépendants, asociaux et obèses. La réalité est beaucoup plus nuancée. En cette période de pandémie, il est temps de se tourner vers des experts du sujet, comme Rachel, pour prendre conscience des bienfaits des jeux vidéo.

🔥 Notre nouveau projet : La flamme et le vent

Jeudi 4 mars | Podcast “À deux voix” 🎧 consacré à notre nouveau chantier : l’écriture d’un livre sur l’épanouissement du foyer à l’âge entrepreneurial, dont le titre provisoire est La flamme et le vent. Dans cette conversation liminaire, Nicolas et moi discutons de notre projet d’ouvrage et de notre vision de plusieurs sujets que nous souhaitons y couvrir : la réussite professionnelle, le logement, les finances du foyer, les dynamiques familiales et l’éducation des enfants comme de nous-mêmes.

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🍖 La viande est-elle la nouvelle cigarette ?

Nicolas et moi discutons de la montée en puissance du mouvement vegan et ce que cela révèle de la transition en cours. Pourquoi, exactement, est-il devenu plus “tendance” de manger moins de viande ? Comment l’activisme finit-il par converger avec les intérêts d’une nouvelle génération d’entreprises ? Que va devenir la consommation de viande à l’avenir ?

👉 Écoutez 🎧 La viande est-elle la nouvelle cigarette ? (conversation “À deux voix”)—réservé aux abonnés.

🇸🇪 IKEA : une entreprise en transition ?

Nicolas et moi analysons Ikea, sa chaîne de valeur et les défis que cette entreprise mythique a dû relever ces dernières années pour continuer de dominer. Nous évoquons en particulier nos souvenirs d’enfance, la façon dont la consommation de meubles a changé depuis plusieurs décennies et la façon dont Ikea s’est repositionnée pour rester en position de force dans ce monde qui change.

👉 Écoutez 🎧 IKEA : une entreprise en transition ? (conversation “À deux voix”)—réservé aux abonnés.


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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)