La vie périurbaine

  
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Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à la sociologie urbaine et périurbaine. En quoi la vie périurbaine de ces zones résidentielles, pavillonnaires est-elle différente en Europe et aux États-Unis ? Et de quelle manière est-elle en train de changer ?

Laetitia et moi venons tout juste de nous installer en périphérie de Munich, dans une petite commune appelée Ottobrunn, qu’on pourrait qualifier de “zone pavillonnaire” bavaroise. Il y a encore un an, nous n’aurions jamais imaginé ne plus habiter dans le centre d’une grande ville (notre projet était d’habiter le centre de Munich dans un appartement).

Mais le confinement, et la prise de conscience de l’importance de notre vie casanière (nous travaillons tous deux à la maison), nous a fait réaliser que nous préférions une maison, un jardin, plus d’espace, et la proximité de la nature et des montagnes plutôt qu’un appartement en centre-ville.

Nous sommes nombreux à faire cet arbitrage : renoncer à la centralité urbaine en échange d’un embourgeoisement. Mais qu’est-ce qui se cache derrière cet arbitrage ? Et pourquoi cette opposition est-elle si riche de symboles politiques et culturels ?

Tout d’abord, il faut préciser les grandes différences entre le contexte américain et européen. L’étalement urbain de l’après-guerre, le développement de ces zones pavillonnaires uniformes pensées pour les classes moyennes blanches, reposent dans le contexte américain sur la civilisation de l’automobile. Les classes moyennes y aspiraient à s’éloigner des centre-villes (les ghettos pauvres) pour accéder à la propriété dans une zone périurbaine.

En Europe, en revanche, une densité plus grande et une histoire plus ancienne ont fait que l’automobile a joué un rôle plus secondaire dans la géographie urbaine. Les voies ferroviaires quadrillaient déjà le territoire et avaient déjà façonné les villes et leurs périphéries avant l’arrivée de l’automobile. Et puis, en Europe, les classes moyennes aspirent culturellement davantage à s’approcher des centres qu’à s’en éloigner.

L’histoire de Suburbia a aussi façonné la culture américaine. Laetitia évoque plusieurs oeuvres littéraires qui ont marqué l’histoire du féminisme et qui sont liées aux suburbs : The Feminine Mystique (La Femme mystifiée), un essai féministe de Betty Friedan, et The Stepford Wives (Les femmes de Stepford), un roman dystopique de Ira Levin.

Ces deux oeuvres illustrent à quel point l’imaginaire autour de Suburbia est chargé en Amérique. De nombreux films et séries sont consacrés à la dénonciation de la culture de la conformité, du racisme et de l’anti-féminisme associée à la vie des suburbs. Les habitants de ces banlieues-là sont conservateurs et n’aiment pas les gens différents.

À l’inverse, comme l’écrit Leslie Kern dans Feminist City à propos des grandes villes, la possibilité d’y vivre de manière plus “féministe” y est plus grande :

“Par rapport à la banlieue, ce type de densité urbaine offre beaucoup plus de possibilités de gérer les responsabilités parentales, scolaires et domestiques. (...) Le diagnostic de Betty Friedan en 1963 sur le "problème qui n'a pas de nom" comportait un réquisitoire cinglant contre la vie en banlieue (...) Le mode de vie en banlieue supposait et nécessitait, pour fonctionner correctement, une famille nucléaire hétérosexuelle avec un adulte travaillant à l'extérieur du foyer et un autre à l'intérieur.”

En quoi tout cela est-il différent en Europe ? Et la pandémie contribue-t-elle à transformer la vie périurbaine ? C’est ce que nous discutons avec Laetitia dans cet épisode.


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(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)