Aug 31, 2020 • 6M

Pour ne rien changer, mettez un masque

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Nicolas Colin
Le média de la crise et de la transition
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Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons désormais un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente. Voici le deuxième “Édito” de cette nouvelle saison, consacré au port du masque – nécessaire mais pas suffisant !

La presse a documenté en détail l’évolution du discours officiel au sujet du port du masque depuis le mois de mars dernier. Au tout début de la pandémie, on nous expliquait que porter un masque était inutile et qu’il ne servait à rien de se précipiter pour s’en procurer. Comme l’expliquait Sibeth Ndiaye, à l’époque porte-parole du Gouvernement, “il n’y a pas besoin de masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres.”

On sait maintenant les motifs de cette recommandation à côté de la plaque. Bien sûr, il y avait de l’ignorance, compréhensible face à cette maladie inédite, le COVID-19, et ses modes de transmission. Mais il y avait aussi une part de mensonge pour faire en sorte que les stocks de masques, insuffisants, ne soient pas pris d’assaut par le grand public. Comme l’a avoué depuis un conseiller de l’exécutif, “la politique de masques a été ajustée à nos capacités”.

Aujourd’hui, le discours a changé du tout au tout. Le port du masque est prescrit en toute circonstance – dans les transports publics et les commerces, évidemment, mais aussi, désormais, sur le lieu de travail et même dans les rues des villes les plus denses, comme Paris et Marseille. Même si des nuances et des tempéraments ont été apportés ici et là, le message est désormais univoque. La vie reprend son cours comme avant la pandémie, à une seule chose près : tout le monde doit désormais porter un masque.

Le port un masque est une bonne pratique, révélée par plusieurs pays d’Asie qui l’ont banalisée avec succès suite à l’épidémie de SRAS en 2003. Mais qu’est-ce que cette conversion tardive de notre Gouvernement au port du masque nous dit sur la réponse politique à la pandémie ? Pour moi, cela révèle avant tout deux choses : l’insincérité de nos dirigeants, source d’une crise de confiance, et le refus de saisir cette crise du COVID-19 comme l’opportunité d’accélérer la transition en cours.

L’insincérité, d’abord, avec cette impression qu’on ne nous dit jamais tout. Il ne s’agit pas forcément de malice. Lorsque les pouvoirs publics suggéraient de ne pas porter de masque il y a quelques mois, c’était plus probablement le résultat d’une volonté farouche de rassurer le grand public. Puisque les masques n’étaient de toutes façons pas disponibles en quantité suffisante, il ne servait à rien d’annoncer que tout le monde devait en porter : cela n’aurait fait qu’ajouter à la panique ambiante. Nos dirigeants ont donc adapté leur propos pour se persuader eux-mêmes que tout irait bien, même sans masques.

Le prix à payer, malheureusement, pour ces approximations avec la vérité, c’est une crise de confiance désormais durable. Nous ne sommes plus à l’époque où la “version officielle” des choses pouvait être assénée dans un univers médiatique resserré autour de quelques organisations faisant autorité. Désormais, comme l’a écrit l’ancien analyste de la CIA Martin Gurri dans son livre The Revolt of the Public (Stripe Press, 2018, non traduit), l’information peut être produite, commentée, relayée et vérifiée par tout un chacun. Tout message émis par nos dirigeants est donc voué à être instantanément débattu, mis en doute, moqué, contredit par des milliers d’individus connectés les uns aux autres en réseau. La seule manière de préserver la confiance dans ce context, c’est de redoubler d’efforts dans la transparence et la sincérité – et nous en sommes loin !

Le revirement sur les masques révèle aussi notre incapacité collective à saisir la crise (la pandémie) comme une opportunité d’accélérer la transition en cours (vers une économie plus numérique).

La période de confinement aurait pu nous aider à prendre conscience, par exemple, qu’un nouvel équilibre est possible, dans beaucoup d’entreprises, entre le travail à distance et le travail au bureau. Le problème, c’est qu’engager cette transition heurte trop de préjugés et bouscule trop d’habitudes. Les managers redoutent de se retrouver sans personne à manager. Les financiers sont inquiets à l’idée de découvrir que des investissements récents dans d’immenses surfaces d’immobilier de bureau ont été faits en pure perte. Certains salariés appréhendent de se retrouver coincés chez eux dans des conditions qui rendent le travail impossible. Les restaurateurs des quartiers d’affaires redoutent la disparition de leur clientèle. 

Les pouvoirs publics, quant à eux, sont trop heureux de rentrer dans la danse du retour à la normale. En plus de se rassurer eux-mêmes, ils rassurent également ainsi les managers dans les entreprises et les dirigeants de secteurs comme le tourisme ou le cinéma. Après tout, il y a une solution pour que tout rentre dans l’ordre et que l’économie reparte : il suffit que tout le monde porte un masque !

La réalité, évidemment, est moins reluisante. La consigne de porter un masque risque d’être ignorée dans beaucoup de cas. Le virus pourrait se disséminer à nouveau, faute de mise à niveau des pratiques dans tous les secteurs. Face à une potentielle nouvelle vague de cas de COVID-19, les pouvoirs publics seront à nouveau tentés de s’arranger avec la vérité pour tenter de rassurer la population (et eux-mêmes) à court terme. Les masques sont donc le cache-misère de notre paralysie collective face à la transition.

Pire encore : un cercle vicieux est à l’oeuvre. Une proportion non négligeable de la population est déjà consciente que les choses doivent changer de façon radicale. Quand ils entendent le Gouvernement dire que non, que les masques permettent de revenir à notre vie d’avant, avec juste quelques précautions à la marge, ils sentent bien que quelque chose cloche. La prochaine fois que les pouvoirs publics feront des annonces et recommanderont des bonnes pratiques, ils se heurteront donc à encore plus de défiance, qui rendra encore plus difficile d’engager la transition !

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